1780-1830 : l’âge du mercure

Auteur.e.s

André Guillerme

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Connu de toute antiquité, désigné par vif-argent — hydrargyrium, argent liquide, d’où Hg — le mercure, rare, unique métal liquide et vaporeux intéresse les alchimistes qui en font l’origine et la base des métaux. Liquide importé notamment d’Espagne, d’Italie et du Pérou — respectivement Almaden, Ydria et Huanca-Velica — où on l’extrait des carrières de cinabre (HgS). Il y est torréfié et transporté dans des sacs de cuir épais posés dans des tonneaux de son pesant près d’un quintal : celui d’Ydria — 140 t/an vers 1765 (Diderot, art. Mercure) — fournit Venise, la Hollande et l’Angleterre, celui d’Almaden — —, la France et l’Angleterre. Son prix élevé encourage la fraude : on le mélange au bismuth, au plomb, à l’étain, qui font « queue » sur les supports ou qui salissent les mains. Les compétences du mercure se développent considérablement entre 1780 et 1830 dans l’artisanat et l’industrie. La dorure s’en sert surtout pour plaquer le cuivre et le laiton. Dissous dans l’acide nitrique il fait le « secret » des chapeaux dont Paris est la capitale, mais il permet aussi de teindre la corne en noir et de donner une grande valeur à ces objets de tabletiers dont on raffole pour les étrennes (BSEIN, 1814b). Tous les métaux s’oxydant pour faire couleurs, il sert par conséquent les teintes, nouvelles et rares : le cinabre scelle les arrêts du pouvoir, toujours plus signataires. De quelques quintaux peu avant la Révolution, la consommation annuelle de mercure à Paris doit atteindre une centaine de tonnes dans les années 1810 : l’essentiel s’évapore sous forme de sulfure, d’oxyde, de carbonate, bref de fumées noires. Cependant, elles visent l’instrumentation, la pharmacopée, la sigillographie, la conservation, la miroiterie, la dorure, la chapellerie, la mécanique. Ses alliances et ses amalgames font les heurs et les malheurs des manufacturiers, portent les hauts, les feutres, et les doigts du pouvoir, les sceaux : à bien regarder, il est très — trop ! — parisien.

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