La Seine et le métabolisme parisien : l’essor des dépendances capitales XIXe-XXe siècles

Auteur.e.s

S. Barles

Université

Laboratoire Théorie des Mutations Urbaines, FRE CNRS 3221 AUS, Institut Français d’Urbanisme, Université de Paris 8

DOI
https://doi.org/10.26047/PIREN.rapp.ann.2009.vol40

Les liens entre Paris et la Seine sont aussi vieux que la ville elle-même, dont l’histoire ne se conçoit guère sans celle de son fleuve (Guillerme, 1990 ; Bakhouche, 2000 ; entre autres). La Seine et ses affluents ont permis l’approvisionnement de Paris en denrées de (presque) toute sorte et en énergie via le flottage2 ; ils ont fourni l’énergie indispensable à la préparation de la farine et donc du pain des parisiens, comme à l’artisanat. Leur rôle métabolique est ainsi très ancien, et ils ont dirigé de nombreux flux de matières et d’énergie vers la capitale. Ce rôle est dans un premier temps mécanique : transport et production énergétique reposent sur le flot, la pente, le débit. La fonction capitale de Paris a conduit très tôt à une urbanisation du réseau hydrographique, au sens où des rivières, même éloignées de Paris, ont été aménagées en fonction des exigences parisiennes et contrôlées par des fonctionnaires parisiens. Les révolutions industrielles et urbaines qui interviennent à partir de la fin du XVIIIe siècle conduisent néanmoins à une transformation des relations entre Paris et la Seine. Si celle-ci demeure un important moyen d’approvisionnement, ce rôle régresse, d’abord pour ce qui concerne la fourniture énergétique, puis pour une grande partie des denrées, pondéreux exceptés, du fait de la concurrence du rail puis de la route, et plus tard de la mondialisation des échanges économiques. Mais elle gagne deux fonctions capitales à tous les sens du terme : d’une part celle de l’approvisionnement en eau – non qu’elle ne l’ait assurée avant, mais si peu –, d’autre part, plus tard, celle de réceptacle des excréta parisiens. Finalement, et du point de vue du métabolisme urbain, de support de flux entrants, elle est devenue tant flux entrant elle-même qu’exutoire de flux sortants. Partant, l’urbanisation de la Seine et de ses affluents a changé de nature et de forme et s’est traduite par la création d’annexes urbaines à l’amont et à l’aval.

sabine.barles@univ-paris8.fr