Retour sur la qualité de l’eau pendant la crue de juin 2016

Retour sur la qualité de l’eau pendant la crue de juin 2016

Jean-Marie MOUCHEL1

1 Sorbonne Universités, UPMC, CNRS, EPHE, UMR 7619 Metis, Paris

 

Après la crue du printemps 2016, une analyse a été demandée par le préfet coordonnateur de bassin et l’Etat pour faire le point sur les impacts de la crue en termes de débit, mais également de qualité d’eau. C’est dans ce cadre qu’une vaste enquête de retour d’expérience impliquant de très nombreux acteurs du bassin a été lancée, pour répondre aux questions liées aux effets d’une montée des eaux telle que celle du printemps 2016 du la qualité des eaux du bassin. Une note de synthèse a été rédigée et présentée au comité de bassin en avril 2017. Au total, ce sont plus d’une vingtaine d’organismes qui ont participé à la mise en commun des données relevées sur le bassin, à leur traitement et à leur valorisation. Cette présentation revient sur les principaux éléments relevés lors de cette analyse.

La cause de cette crue a été très vite attribuée aux fortes précipitations qui ont eu lieu sur le sud du bassin versant, exceptionnelles pour la saison, et qui ont principalement touché le Loing, l’Essonne, l’Orge, l’Yerres et l’Yonne. Les données ont été relevées sur 226 stations de mesures, dont la mise en commun a été déterminante pour l’analyse de la qualité de l’eau.

Sans surprise, un pic de MES a été constaté pendant l’épisode de crue, mais d’une relative faiblesse en comparaison d’autres pics observés pendant la période de février-mars de la même année. En termes d’oxygène, de carbone organique dissous et de pH, là encore, les données relevées indiquent une perturbation pendant l’épisode de crue (augmentation du COD, chute de l’oxygène et du pH), mais dont les impacts restent limités. Concernant, la matière organique dissoute, un pic est là aussi relevé, la MO apparaissant globalement plus humique pendant l’épisode de crue. Les émissions de CO2 sont 1,4 à 2 fois plus importantes lors de la crue. Les pesticides et nitrates ont également généré un fort pic, notamment dans les petits bassins versants, rapidement résorbé pour un retour aux taux normaux dès la fin du mois de juin. Enfin, un pic particulièrement élevé fut détecté sur les coliformes, et la contamination fécale, au plus fort de la crue, dépassa très légèrement le seuil limite de production d’eau potable, avant de revenir à un seuil normal en juillet.

L’analyse des laisses de crues fut également un élément déterminant de l’analyse des impacts de l’évènement sur la qualité de l’eau. Concernant les hydrocarbures, les teneurs en BaP dans ces laisses sont supérieures à celles des relevés dans les sédiments et dans les MES habituelles de la Seine. Les teneurs en PCB des laisses de crues, bien que supérieures à celles des sédiments, restant inférieures à celles des MES, et l’analyse de ces teneurs, en baisse constante depuis les années 1980, confirment la tendance de décontamination générale en PCB du bassin de la Seine. Enfin, les métaux (plomb, cadmium, cuivre, zinc) ont été relevés sous forme de pics locaux à l’embouchure des petits bassins versant, mais témoignent eux aussi d’une décontamination progressive du bassin, les teneurs étant systématiquement inférieures aux taux relevé dans les années 1994 – 2000. Il semble que sur les petits bassins les plus touchés par la crue, l’essentiel des contaminations proviendrait d’une remobilisation de sédiments anciens plus que d’un lessivage des sols récents du fait du ruissellement.

De manière générale, hormis les HAP, dont la situation de contamination générale est bien connue aujourd’hui, les teneurs relevées restent toutes en dessous des NQE maximales, et souvent de l’ordre du « bon état écologique ». Seuls les petits bassins versants comme ceux du Loing ont subi des pics très importants. Il reste cependant important de poursuivre les analyses en cours sur les échantillons relevés, et un retour d’expérience en terme de ressenti par les acteurs locaux est attendu pour l’année prochaine. Un fascicule PIREN-Seine sera également publié prochainement, et qui fera la synthèse des connaissances concernant la qualité de l’eau pendant cet épisode de crue. Un suivi hydrobiologique serait également bienvenu pour compléter le travail qui a été fait.

 

Résumé de la présentation par l'auteur

Présentation

 

Discussion :

Remarque : Concernant les populations de poisson, il y a eu des discussions sur la mise à disposition des données pour un suivi hydrobiologique. Il faut simplement attendre que les données soient validées et disponibles, ce qui peut prendre un certain temps. Ce qu’on peut attendre, du fait de la période particulière de cette crue en mai-juin, c’est un impact négatif sur la reproduction des poissons. Mais encore une fois, du fait du temps de traitement et de validation des données, on ne pourra le voir que sur les données de 2017.

Remarque : Des études morphologiques ont été menées sur l’Yerres, il faut peut-être se rapprocher des acteurs de ce bassin pour connaitre leurs conclusions.

Question : Peut-être serait-il intéressant de regarder d’autres types de contaminants, je pense à des traces de métaux plus urbains, ou peut-être à de la matière organique particulaire ?

Réponse : Oui, il est évident que nous avons encore de nombreux éléments à analyser.

Remarque : Il y a un projet quinquennal qui a été adopté il y a quelques jours, avec notamment l’Agence de l’eau pour travailler à la desimperméabilisation des sols sur l’Yerres aval et sur les branchements des bâtiments publics et particuliers au réseau. Nous  pourrons probablement remonter un peu sur l’Yerres amont pour avoir des résultats plus complets.

Remarque : A savoir que les laisses de crues peuvent perdurer pendant quelques jours, voire quelques semaines après un événement de crue. C’est un élément à savoir si on veut développer une stratégie de prélèvement post-événement, et qui peut se révéler très important pour une analyse rétrospective.

Remarque : Sur le bassin de l’Orge Yvette, une petite précision sur les stations d’épuration : la plupart d’entre elles se sont retrouvées inondées ou ont dû pratiquer le by-pass, ce qui peut expliquer en partie les fortes contaminations sur les petits bassins versants. C’est un élément à prendre en compte, notamment avec le phénomène de dilution, quand on traite des données récoltées en aval de ces bassins.

Remarque : Une autre précision sur les stations d’épuration : de nombreuses stations n’ont pas été inondées, mais par contre, leur système électrique a été défectueux pendant l’évènement, ce qui a entraîné un mauvais fonctionnement des stations. Ces problèmes peuvent normalement être facilement résolus avec des ponts et des alternateurs en hauteur. C’est le cas dans certaines stations, mais pas encore dans toutes.

Réponse : Il est clair qu’il y a, je pense, une évaluation des stations d’épurations et de traitement des eaux à faire. Et cet élément devra évidemment en faire partie.

Remarque : Concernant l’acquisition, le transfert et l’utilisation des données, un atelier sur le sujet serait le bienvenu. Dans la même idée, sur les laisses de crues, qui et comment mobilise-t-on pour aller faire ces relevés ? Ce sont des questions qui me semblent importantes et qui sont posées par cette analyse.

Réponse : C’est vrai que le relevé des niveaux de crues se pratique très bien actuellement, alors avec un peu d’organisation, on pourrait effectivement mettre un place un système de relevé de laisses de crues, ça devrait être possible.

Remarque : Juste un point sur la matière organique : il est vrai qu’il apparait que la MO observée pendant la crue est de nature plus humique. Mais il ne faut pas en déduire qu’elle n’est pas biodégradable. Elle l’est certes moins, mais les analyses qu’on a menées, sur des eaux usées par exemple, indiquent que la MO humique reste, au moins partiellement, biodégradable.

Sur le bassin du Loing, il y a eu une rupture des digues du canal de Briare. Est-ce qu’il y a une station qui a pu relever des données pour voir s’il y a eu une contribution de la contamination de canal vers le Loing ?

Non, nous n’avons pas de données, mais comme la contribution du canal de Briare, en termes de débit à la crue du Loing, demeure extrêmement faible, je ne pense pas qu’on ait une contribution significative.