Projet Brie’EAU : des outils de dialogue territorial pour mutualiser les services écosystémiques (qualité de l’eau et biodiversité)

Projet Brie’EAU : des outils de dialogue territorial pour mutualiser les services écosystémiques (qualité de l’eau et biodiversité)

Julien TOURNEBIZE1, Laura SEGUIN1,2

1 Irstea, UR HBAN, Centre d’Antony
2 Irstea, UR G-EAU, Centre de Montpellier

Le projet Brie’EAU est le fruit d’un travail collectif et collaboratif qui  a pour objectif de restaurer des zones tampons dans le territoire de la Brie. Ces zones sont des interfaces qui jouent un rôle dans la réduction de transfert de polluants et dans la limitation  des risques d’inondation. Cependant, de nombreux freins demeurent pour mettre en place ces zones tampons, ce qui a poussé les équipes de recherche à s’interroger sur la nature de ces freins et aux solutions pour les dépasser. De cette réflexion, l’idée d’associer les enjeux de biodiversité à ceux de la qualité de l’eau a émergé, ce qui a facilité d’une part la fédération des acteurs autour d’une thématique plus consensuelle que la qualité de l’eau, tout en facilitant le dialogue territorial avec d’autres acteurs du bassin.

Ce projet redessiné en prenant en compte les enjeux de biodiversité a permis de mieux sensibiliser les acteurs et habitants à la mise en place de zones tampons, et que chaque site puisse développer sa propre trajectoire écologique, adaptée à ses enjeux.

Brie’EAU est également un projet qui met en avant la démarche participative des acteurs du territoire. La prise de décisions, dans le domaine de l’environnement, ne s’appuie pas uniquement sur les savoirs scientifiques, et l’implication des associations, des bureaux d’études, des élus locaux et des professionnels sont un facteur essentiel de la mise en place de mesures concrètes. Les chercheurs ont ainsi encadré des groupes de travail et des ateliers comprenant des agriculteurs, industriels, et autres acteurs de l’eau afin de partager les connaissances de chacun sur l’eau et la biodiversité. Ils ont également développé deux outils de partage des connaissances : METE’EAU (qui a fait l’objet d’une présentation lors du colloque 2016 du PIREN-Seine [lien]), et les ateliers Co-Click’EAU,  qui permettent de guider les choix de la mise en place d’une zone tampon grâce à un arbre de décision.

Dans la suite du projet, des visites et rencontres d’acteurs sur le terrain sont prévus, ainsi que de nouveaux ateleirs Co-Click’EAU. Le jeu de carte METE’EAU sera déployé sur le territoire pour permettre à un public large de participer au débat. Enfin, une évaluation de la démarche participative, centrée sur l’apprentissage des acteurs, sera menée.

 

Résumé de la présentation par les auteurs

Présentation

 

Discussion :

Question : Comment avez-vous réussi à faire venir les acteurs aux premiers ateliers ?

Réponse : C’est un projet en collaboration avec des acteurs locaux, et notamment avec AquiBrie, qui mène des actions avec les agriculteurs du territoire depuis plusieurs années déjà. Nous avons donc pu utiliser leur réseau pour solliciter certains acteurs. Le reste des sollicitations s’est faite par les moyens conventionnels : Téléphone, envoie de courriers et mail, bouche à oreille auprès des acteurs locaux, etc.

Comment comptez-vous élargir le panel sur le territoire ?

Un des projets actuellement à l’étude est de faire des comptes rendus des ateliers Co-Click’EAU sous la forme de réunions publiques dans les collectivités, pour atteindre et impliquer un public plus large, notamment dans la participation de jeux de rôles, plus facile d’accès pour un public non initié.

Vous avez expliqué que la réglementation sur les bandes enherbées n’avait pas vraiment posé de problème, tant dans la décision de légiférer que dans la mise en application. Comment expliquer que la mise en place de cultures intermédiaires soit beaucoup plus difficile à mettre en place ?

Ce sont deux choses bien différentes. Sur les cultures intermédiaires, il y a un phénomène de dérogation très présent, parce que la législation est vieille, et toute sorte de dérogations ont été mises en place. Sur les bandes enherbées, il y a eu un travail scientifique de fond pendant très longtemps, qui a été ensuite discuté au sein du ministère, et à l’issu d’un dialogue avec la FNSEA, un compromis sur 5 mètres de bande, au lieu des 15 recommandées par les experts, a été trouvé, et le texte a été signé dans la foulée. Donc le cheminement a été vraiment différent sur ces deux législations.

Remarque : La commission mixte inondations a sorti l’année dernière un rapport sur les liens entre l’agriculture et la préservation du risque d’inondation, et sur les accords qui doivent être passés entre les agriculteurs et les collectivités face à ce risque. Ce rapport a été écrit conjointement avec les ministères, la chambre d’agriculture, et les associations environnementales, ce qui signifie qu’on peut arriver localement à des situations de coopération et de résultats, pour peu qu’on s’en donne les moyens et qu’on va vraiment chercher les personnes là où elles se trouvent.