Métabolisme territorial et trajectoires socio-écologiques

Métabolisme territorial et trajectoires socio-écologiques

Sabine BARLES1

1 Géographie-Cités. CNRS, Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne. UMR 8504.
 

 

Le terme métabolisme est né dans les années 1860 dans le domaine de la chimie. Employé par Marx puis Engels pour qualifier les sociétés et leur manière de consommer, ce mot a acquis une définition plus interdisciplinaire au cours du XXème siècle. On parle ainsi aujourd’hui de métabolisme des territoires.

En partant de ce terme de métabolisme, Sabine Barles nous propose de revenir sur les 3 grands régimes socio-techniques qui se sont succédé dans l’histoire humaine: le régime du feu, le régime agraire et le régime industriel. Le passage d’un régime à l’autre implique une transition particulière, qui impacter non seulement la société, mais également la relation de cette société avec son environnement. On parle de transition socio-écologique.

L’étude présentée ici propose de caractériser la transition socio-écologique grâce à l’emprunt d’éléments des approches socio-techniques. Selon cette grille d’analyse, il apparait qu’une transition socio-économique se caractérise par l’accumulation de plusieurs éléments, que sont :

  • L’évolution du paysage socio-éco-technique qui contraint le régime à trouver des solutions,
  • L’expression de signaux faibles qui finissent pat aboutir à des innovations de niches
  • Un support socio-éco-technique apporté à ces innovations qui finissent par les faire se stabiliser, puis s’imposer.

Cette analyse ouvre sur plusieurs questionnements qui ont ponctué les recherches :

  • Peut-on caractériser les régimes socio-écologiques
  • Peut-on rechercher dans les inovations actuelles des bases pour un régime soutenable ?
  • Peut-on observer des signaux faibles qui tendent vers une transition ?
  • Quelle est la place de l’eau dans cette transition ?

Pour que cette transition soit pertinente, une « dématérialisation » doit être mise en place, c’est-à-dire une réduction de la consommation par habitant sur un certain nombre de domaine dans lesquels les flux identifiés sont en constante augmentation : la consommation d’eau, de matériaux de construction, de produits alimentaires et agricoles, des combustibles fossiles et des sols.

De manière directe ou indirecte, tous ces processus impactent et/ou sont impactés par la ressource en eau, qui représente aujourd’hui un enjeu majeur pour les sociétés.

 

Résumé de la présentation par l'auteure.

Présentation

 

Discussion :

Question : Trois régimes ont été décrits dans cette présentation, mais n’est-on pas aujourd’hui dans un 4ème régime, le régime numérique ?

Réponse : Ce 4ème régime n’est pas encore interprété comme un régime à proprement parlé, puisque l’avènement du numérique n’a pas marqué de transition dans les quantités de  production et de consommation, qui restent cohérentes avec le régime de type industriel. En réalité, l’industrie se déplace, et devient moins visible. Il y a une cette externalisation du métabolisme des territoires, ce qui pose la question de la solidarité inter-territoriale.

Aujourd’hui le télétravail est de plus en plus démocratisé, et le nombre de travailleur en télétravail augmente régulièrement en région parisienne. Ne faut-il pas alors prendre un paramètre plus fin que le nombre d’habitants, dans le sens où un habitant et un travailleur ne consomment pas de la même manière, et que la source de la consommation devient de plus en plus diffuse du fait de l’éparpillement des travailleurs ? Faut-il également inclure les flux de transport dans cette transition ?

Il est vrai que ce paramètre a quelques limites. Par exemple, il exprime les matériaux de construction par habitant, alors qu’ils ne représentent rien dans la vie réelle des habitants. Cette notion de transport de l’habitant ou du travailleur n’est effectivement pas prise en compte, alors que l’on sait qu’une personne peut consommer dans un territoire sans pour autant y habiter.  Dans la pratique, on essaye de prendre en compte ce paramètre pour éviter d’avoir de trop gros écarts entre « consommateurs » et « résidents », mais nous ne l’avons pas exprimé ici pour cette présentation. Enfin, pour aller dans votre sens, on a aujourd’hui une différence entre ce qu’on appelle l’aire urbaine et la zone urbanisée. Par exemple, le bassin d’emploi parisien, qui caractérise l’aire urbaine de Paris, va bien au-delà de la zone urbanisée de l’agglomération parisienne. Cette différence n’est pas encore tout à fait prise en compte. Donc le paramètre « par habitant », bien que pratique, comporte certaines limites.

Qu’est-ce qui est exprimé à travers l’appellation « dématérialisation » ? Par exemple, l’eau est une nécessité physique et biologique, comment la dématérialisation d’un besoin vital peut-elle s’opérer ?

Il faut prendre le terme de « dématérialisation » comme une réduction de la consommation. Dans le domaine de l’eau, c’est par exemple la consommation d’eau induite par d’autres consommations, comme la viande, dont la production demande énormément d’eau. C’est là qu’on peut « dématérialiser » l’eau, plus que dans la consommation directe.

Avez-vous pris en compte la notion du transport alimentaire, et de la consommation d’eau en Amérique du sud pour alimenter en denrées l’agglomération parisienne ? C’est une analyse multiscalaire qu’il faut mener, parce qu’on n’a pas forcément conscience ici, avec notre système de consommation, des dégâts qui sont causés ailleurs que sur notre territoire, parfois pour toujours.

C’est vrai qu’aujourd’hui, la matérialité qui alimente le territoire se fait bien plus à l’extérieur du territoire qu’à l’intérieur de celui-ci. C’est un élément extrêmement important, qui devrait inciter aux actions inter-territoriales, pour unir les territoires qui sont en lien métabolique sans pour autant être en lien « politique », ou de gouvernance.