Bilans N, P et C et fuites sous-racinaires des exploitations en grande culture du réseau ABAC (Bassin de la Seine)

Bilans N, P et C et fuites sous-racinaires des exploitations en grande culture du réseau ABAC (Bassin de la Seine)

Josette GARNIER1

1 UMR 7619 METIS, Sorbonne Universités, CNRS, Univ Paris 06, EPHE.

 

 

Depuis 2011, les chercheurs du PIREN-Seine ont monté un réseau d’exploitations agricoles en grandes cultures, biologiques et conventionnelles (ABAC), afin de quantifier les impacts environnementaux de ces deux systèmes. L’objet de la présentation est de proposer un bilan des analyses qui ont été faites sur ces exploitations, et qui concernent l’azote, le carbone et le phosphore.

Sur l’azote, un premier bilan à tirer est celui des apports. L’agriculture conventionnelle (AC) implique un apport conséquent d’engrais azoté d’origine synthétique, à hauteur de 71% des apports totaux en azote. 18% proviennent d’engrais organiques, et seulement 8% en fixation symbiotique. En agriculture biologique (AB), 80% de l’apport en azote provient de la fixation symbiotique, et les 20% restants d’engrais organiques.

Les exploitations AB et AC pratiquent des rotations de cultures différentes, bien plus variées en AB qu’en AC, avec une quinzaine de cultures pratiquées pour la première avec des légumineuses en tête de rotation, contre une demi-douzaine pour la seconde. Les inter-cultures contribuent à limiter la lixiviation.

En ce qui concerne l’azote, il existe une grande variabilité des bilans au sein même des AB et des AC mais en moyenne, à l’échelle de l’exploitation et de leur rotation, l’AB entraine un surplus en azote moindre que l’AC (de 36 kgN/ha/an à 26 kgN/ha/an).. Le constat est le même concernant les concentrations de nitrate sous racinaires (13 mgN-NO3/l en AC et 9.8 mgN-NO3/l par comparaison à la norme de 11.3 mgN-NO3/L soit 50 mgNO3/l). Les différences entre les exploitations en AB et AC sont faibles, mais il est cependant important de noter que les exploitants AC du réseau sont déjà sensibilisés aux problèmes liés à la contamination des eaux et cherchent activement à réduire les pertes azotées. Enfin, il a été constaté qu’à fertilisation égale, les rendements entre AC et AB sont équivalents.

Concernant le phosphore, contrairement à une idée répandue, l’AB ne diminue pas plus les stocks dans les sols que l’AC. Selon les exploitations, les stocks de P dans les sols permettraient aujourd’hui de tenir de 20 à 80 ans sans apport. Concernant le carbone, aucune différence significative d’enrichissement du sol n’a été trouvée entre les exploitations AB et AC, sur le trop court terme de l’étude.

En termes de bilan N et  P et de concentration sous-racinaires, les différences  entre l’AC et l’AB sont non négligeable dans l’ensemble, de l’ordre de -25-30%, avec une grande variabilité entre les exploitations montrant une diversité des pratiques au sein des systèmes agricoles.  Des améliorations peuvent encore être apportées concernant les rotations et leurs inter-cultures, tant sur les exploitations AB qu’AC pour encore diminuer les pertes vers l’environnement. Il est important de souligner la grande autonomie des exploitations en AB. Enfin, il est rappelé que si les bilans N P et C ne présentent que des différences de 25-30% entre AB et AC, les exploitations en AB n’utilisent pas  de pesticide, la différence étant alors de 100%.

Résumé de la présentation par l'auteure.

Présentation

 

Discussion :

Question : Si on prend en compte d’objectif de l’Agence de l’eau qui est de 18mgN.l-1 apporté à l’océan, n’est-on pas aujourd’hui un peu loin du compte ? Il faut compter sur une dénitrification extraordinaire entre les concentrations sous racinaires et l’arrivée à l’océan pour arriver à ce seuil, non ?

Réponse : Nous sommes effectivement loin du compte. L’AB peut jouer un rôle dans la réduction de la pollution des aquifères, mais ne résout pas à elle seule la totalité du problème.

Finalement, pour atteindre ce seuil de 18mgN.l-1, dans l’état actuel des choses, la seule solution ne serait-elle pas de réduire les surfaces agricoles ?

Oui, cela fait partie des scénarios envisagés. Il faut également tenir compte des prairies et des forêts qui ici, ne sont pas prises en compte. Les scénarios qu’on a développés montrent qu’on peut y arriver, mais qu’il faudra effectivement faire des efforts conséquents. Nous ne pouvons plus être uniquement dans le curatif, et là, nous sommes vraiment dans le préventif.

Question : Si on prend en compte d’objectif de l’Agence de l’eau qui est de 18mgN.l-1 apporté à l’océan, n’est-on pas aujourd’hui un peu loin du compte ? Il faut compter sur une dénitrification extraordinaire entre les concentrations sous racinaires et l’arrivée à l’océan pour arriver à ce seuil, non ?

Réponse : Nous sommes effectivement loin du compte. L’AB peut jouer un rôle dans la réduction de la pollution des aquifères, mais ne résout pas à elle seule la totalité du problème.

Finalement, pour atteindre ce seuil de 18mgN.l-1, dans l’état actuel des choses, la seule solution ne serait-elle pas de réduire les surfaces agricoles ?

Oui, cela fait partie des scénarios envisagés. Il faut également tenir compte des prairies et des forêts qui ici, ne sont pas prises en compte. Les scénarios qu’on a développés montrent qu’on peut y arriver, mais qu’il faudra effectivement faire des efforts conséquents. Nous ne pouvons plus être uniquement dans le curatif, et là, nous sommes vraiment dans le préventif.