Modélisation exploratoire des transferts de produits phytosanitaires en domaine souterrain et reconstitution de leur origine en rivière par analyse tendancielle.

Modélisation exploratoire des transferts de produits phytosanitaires en domaine souterrain et reconstitution de leur origine en rivière par analyse tendancielle.

Hélène Blanchoud1*

Nicolas Gallois2**

 

1 UMR Metis, UPMC-CNRS-EPHE
2 MINES ParisTech/ARMINES, Géosciences
* helene.blanchoud@upmc.fr
** nicolas.gallois@mines-paristech.fr

La double présentation venant clore la session portait sur une modélisation de suivi de certaines substances phytosanitaires dans les eaux souterraines, puis sur une molécule polluante particulière : la dééthylatrazine (DEA) qui provient de la dégradation de l’atrazine. L’application, à l’échelle d’un bassin versant, du modèle PeSTICS ici utilisé a pour objectif de reconstituer l’évolution passée des niveaux mesurés de pollution de certains produits, comme l’atrazine. Cette molécule est toujours détectée, malgré son interdiction en 2003, ce qui permet d’avoir une visibilité sur son impact à long terme depuis la fin de son emploi.

D’après les résultats de l’étude, la contamination par la DEA est régionalisée et la tendance générale d’évolution à la baisse est lente. Les résultats sur d’autres sites d’étude permettront de confirmer cette tendance.

 

Conclusions : Malgré l’arrêt de la source de pollution en 2003, certaines zones présentent encore des pollutions en hausse, les eaux resteront vraisemblablement contaminées au moins jusqu’en 2030. Une des limites de cette étude est l’accès aux données des sources d’atrazine datant d’avant les années 90.

 

Résumé détaillé des auteurs

Présentation

 

Discussion et débat de fin de session:

La discussion s’est ouverte sur la question d’une possible contamination des rivières par les eaux de surface, et pas seulement des eaux souterraines. Il a ainsi été demandé s’il n’y avait pas un apport possible de la surface, ce qui poserait un problème de la représentativité des mesures ? Il a été répondu que le ruissellement de surface ne présentait qu’un apport limité et relativement stable, donc les mesures sont bien représentatives de la contribution des eaux souterraines. D’autre part, il a été signalé que le fait que la concentration de pesticides baissait pendant les épisodes de crues était une information capitale, facilement vulgarisable, qui méritait d’être mis en valeur.

Une précision fut apportée concernant les zones humides, qui ont été mentionnées dans la présentation sur le carbone. Elles y étaient présentées comme émettrices de carbone,  mais il semble important de préciser qu’elles jouent également le rôle de réservoir de carbone et qu’elles sont à prendre en compte pour une adaptation au changement climatique. En effet certaines études récentes indiquent que certaines gravières peuvent également jouer un rôle de puit de carbone. Ce sont des données qui seront traitées et abordées lors d’une prochain assemblée générale ou du prochain colloque, mais cela montre qu’en termes d’émission et de stockage du carbone, tout n’est pas aussi simple que ce que l’on pense. Complétant l’échange, il a été rapporté que concernant le réseau PHRESQUES, le déploiement à la Manche était prévue pour la phase deux, et que vis-à-vis du CO2, le travail de compréhension était exclusivement effectué au niveau du bassin de la Seine.  Cependant, pour poursuivre dans le travail de scénarisation, il faudra se pencher sur ce qui se passe à petit pas de temps.

Il a été noté que, pour des raisons de rigueur scientifique, les chercheurs avaient tendance à étudier les éléments un par un de manière indépendante, ce qui est un bon fonctionnement pour la recherche. Néanmoins, afin d’apporter une solution concrète à un problème, il faut parfois penser en « bouquet » de solution. Il faudrait donc essayer d’harmoniser les restitutions de connaissances pour les gestionnaires et les acteurs. Cela permettra de hiérarchiser les leviers d’action. En effet, les études et les analyses sur les zones humides se sont multipliées ces dernières années. Il faudrait donc penser à faire un récapitulatif des connaissances sur ce sujet, afin d’avoir une vision et une gestion intégrée des milieux. Et même si hiérarchiser les fonctions des zones humides à partir des données n’est pas aisé, il a été convenu que cela constituait une partie du travail de chercheur.

Une précision concernant les zones humides a également été apportée par l’IRSTEA. Un article récent fait en effet part de l’effet de séquestration des zones humides. Il semblerait qu’il existe une composante temporelle à cette séquestration : Les zones anciennes ont tendance à séquestrer le carbone, et les zones récentes à en émettre. Un bilan détaillé sur la temporalité des zones humides semble donc nécessaire pour avancer sur ce sujet.

Une autre zone a été abordée lors de cette discussion, celle des prairies. L’échange a démarré sur le constat d’une baisse des prairies en Ile-de-France, baisse qui semble aller en s’aggravant. Il a donc été demandé comment enrayer le processus, sachant que les prairies jouent un rôle très important dans la limitation de l’érosion.

Il a été répondu que le problème se situait moins dans l’érosion des prairies que dans leur capacité de transfert  ou de stockage des nutriments. Pour la question du phosphore par exemple, une meilleure gestion des rotations d’animaux pourrait permettre une meilleure cohésion avec les terres arables.

Il été précisé que la notion d’érosion posée ici était celle de l’érosion physique des sols, mais qu’il était vrai qu’une bonne gestion des prairies peut améliorer les processus de lixiviation. Le problème est beaucoup de prairies sont sur des zones érodables, ce qui présente un risque de contamination des cours d’eau.

L’échange a été l’occasion de revenir sur le retournement de prairie qui a été effectué à Évry dans les années 1960. Très vite, il avait été constaté une explosion du taux de nitrate, attribué à l’époque à ce retournement. Mais peu de recherches ont été menées pour chercher à confirmer cet effet. Aujourd’hui, connait-on les impacts du retournement de prairies en termes de largage de nitrate ?

Il a été répondu qu’une étude sur le largage d’azote suite aux retournements de prairies est effectivement en court. Il s’avère que jusque dans les années 2000, il y avait eu beaucoup de retournements de prairies, notamment dans l’ouest du bassin de la Seine. Aujourd’hui, pour vraiment comprendre l’impact du phénomène, il faut regarder les prairies individuellement, et leurs impacts au niveau local, et non pas à l’échelle du bassin entier. En effet, il y a une très forte spatialisation des conséquences des retournements de prairies. Cela étant dit, l’étude n’en est encore qu’à ses débuts, et il manque encore des données pour comprendre le phénomène.