Comment caractériser un cours d’eau urbain pour restaurer durablement son fonctionnement écologique ?

Comment caractériser un cours d’eau urbain pour restaurer durablement son fonctionnement écologique ?

Évelyne Tales1*

1 IRSTEA Hydrosystèmes et bioprocédés
* evelyne.tales@irstea.fr

La restauration d’un cours d’eau est une entreprise complexe qui requiert une analyse en profondeur du milieu. La présentation fait le point sur les méthodes et modèles applicables pour caractériser les cours d’eau urbains en vue d’une restauration écologique. Le modèle principal présenté est le modèle de Hobbs, qui permet de caractériser le degré d’altération du système initial, selon les paramètres biotiques et abiotiques du cours d’eau concerné. La notion d’irréversibilité est évidente dans le cas d’une dégradation prolongée et conjointe des deux paramètres.

L’étude a donc tenté d’établir, sur 138 bassins versants franciliens, un gradient de situation, établi à partir de plusieurs paramètres tels que la qualité de l’eau, l’occupation des sols, ou l’hydromorphologie.

Conclusion : Ce gradient de situation est un outil en construction, qui permet de prendre en compte un grand nombre de paramètres pour caractériser les cours d’eau urbains. Le gradient est encore incomplet, car il ne prend pas en compte des compartiments clés, notamment le compartiment hydrologique des cours d’eau

 

Résumé de la présentation par l'auteure.

Présentation

 

Discussion et débat de fin de session :

La discussion de fin de session s’est ouverte par quelques questions concernant la prise en compte de la temporalité de la contamination urbaine. Il est en effet fait mention de la possibilité de retour à un état antérieur pour les cours d’eau urbanisés. Or, certains cours d’eau urbanisés présentés ici sont caractérisés par une urbanisation actuelle, et il n’est pas fait mention de la longueur de cette urbanisation dans le temps. Quid des cours d’eaux qui sont contaminés depuis le XVIIIème siècle ? Est-ce que c’est un paramètre qui sera intégré dans la caractérisation ? Il s’avère que pour certains paramètres, il est possible d’intégrer une temporalité, comme la densité de population. Mais les données temporelles sont parfois limitées, et il est alors impossible d’établir un état de référence historique. Il faut pourtant bien proposer une restauration à ces cours d’eau. C’est la raison pour laquelle un état de référence est tout de même proposé, avec des données actuelles.

Le Syndicat Mixte du bassin versant de la Bièvre fut particulièrement intéressé par cette étude, la Bièvre étant un cours d’eau urbain. Mais dans le cas où le cours d’eau est très segmenté, rural en amont, puis urbain, puis qui finit en canalisation souterraine, la restauration demande une approche très ciblée, parfois au mètre près. Comment la démarche présentée ici peut-elle alors être mise en pratique sur le terrain ? Il a été rappelé que le travail présenté ici était une première approche, pour établir une base de travail. Il est vrai qu’un même cours d’eau peut énormément varier en fonction des paramètres des différents tronçons. Maisl’équipe de chercheurs passera bientôt à une phase plus pratique, où certains paramètres, comme la prise en compte de tronçons spécifiques, seront pris en compte.

La suite de la discussion s’est orientée sur l’application d’un potentiel plan d’action de restauration, basé sur une étude complète. Une des composantes essentielles de ce plan d’action est de travailler avec les équipes de restauration qui sont déjà sur le terrain, s’adapter aux situations et être force de proposition. Il faut s’insérer dans ce qui a déjà été fait, des restaurations ayant déjà eu lieu, parfois avec peu de données et des diagnostics peu fiables. L’objectif de l’étude, c’est bien au final d’être opérationnel sur le terrain.

Un point a été soulevé sur les projets de réouverture et de réaménagement des cours d’eau busés, notamment pour les détourner pour alimenter des parcs. Ces initiatives posent en effet un problème de réaménagement, car les informations manquent sur les utilisations actuelle ou passée de ces cours d’eaux, en termes d’eaux usées ou de mélanges avec des eaux pluviales. Certains cours d’eau ont été transformés en canalisation ou busés il y a très longtemps, d’autres ont été laissés de côté, et de ce fait, il manque beaucoup de données pour que les acteurs concernés proposent des plans adaptés.

Un échange a également eu lieu sur l’intérêt de prendre la densité de population comme paramètre. Cette donnée n’est pas vraiment représentative des interactions entre la société et les milieux aquatiques. Il a donc été question de prendre d’autres paramètres en compte, comme le linéaire de réseau par habitant, ou la période à laquelle ont été construits les différents quartiers, qui influe beaucoup sur leur impact sur les eaux. Il faudrait peut-être enlever ce paramètre de densité humaine, et affiner les critères pour que l’analyse corresponde mieux à l’impact réel sur les milieux. Il est vrai que la densité de population est simplement un indicateur de pression indirecte. Ce n’est effectivement pas parce qu’il y a une forte densité de population à un endroit, que le milieu est forcément complètement dégradé. Si les rejets sont bien pris en compte, si les eaux pluviales sont bien gérées, si on a une politique d’entretien des berges qui est correctement mise en place, le milieu peut être dans un bon état général. Pendant longtemps, les cours d’eau urbains n’ont vraiment pas intéressé les écologues, précisément en raison de l’idée qu’ils seraient tellement altérés, qu’il n’y aurait rien à faire. Alors que ces cours d’eau ne sont pas tous identiques, et que sur certains tronçons, il y a des restaurations, ou du moins des améliorations qui peuvent être et sont encore menées. Beaucoup d’actions sont mises en place pour améliorer la qualité de vie des habitants de certaines zones. Pourquoi ne pas y associer une amélioration du milieu, et faire converger les deux démarches ?

Depuis quelques années, cette notion d’état de référence revient souvent, notamment avec la DCE (Directive-cadre sur l’eau). Les gestionnaires et les acteurs de terrain sont également en demande de ces états de référence. Mais du côté de la recherche scientifique, il apparait que déterminer des états de référence n’est pas si facile que ça, que ce soit sur des aspects chimiques, biologiques ou physiques.Mais également d’un point de vue historique : Jusqu’où doit-on remonter dans le temps pour établir un référentiel ? De ce fait, plutôt que d’essayer de fixer un état de référence absolu, la recherche s’oriente plutôt vers une référence qui correspond à des objectifs, de qualité écologique et de fonctionnement biologique. Et pour arriver à ces objectifs, il faut d’abord bien comprendre les processus à l’œuvre dans les milieux fortement anthropisés. Car l’anthropisation est et restera présente, il faut ainsi la prendre en compte dans les propositions de restaurations. Il faut connaitre et comprendre les éléments anthropiques qui interagissent avec le milieu, en parallèle de la détermination d’un état de référence.