SESSION 4 : Contaminants : vers une approche de métabolisme territorial ?

La quatrième session, qui ouvrait la deuxième journée de ce colloque, était consacrée aux contaminants. Faisant partie des thématiques de recherche historiques du PIREN-Seine, l’étude des contaminants peut aujourd’hui être envisagée, du moins pour certains contaminants, à travers une approche de métabolisme territorial. Cette approche macroscopique, qui intègre et questionne nos choix en tant que société pourrait être la nouvelle étape de recherche pour les contaminants les mieux documentés et modélisés.


Les orateurs de la session 4.
De gauche à droite : Alexandre Gélabert, Aurélie Goutte, Sophie Ayrault, Jean-Marc Brignon, Johnny Gasperi, Marc Bonnard

 

Les quatre présentations composant la session ont fait le point sur les recherches menées sur plusieurs contaminants, certains sur de longues périodes, comme le DEHP, les HAP ou les métaux, d’autres d’intérêt émergent, tels que les microplastiques ou les nanoparticules. Le DEHP en particulier a fait l’objet d’une estimation rétrospective et prévisionnelle de ses émissions sur la période 1960-2035. Interdit depuis 2005 dans les jouets, les articles destinés aux enfants et les cosmétiques, ce phtalate est toujours produit, bien que la tendance soit à la baisse, ce qui en fait un bon candidat pour les études sur les facteurs cumulatifs menant à la persistance des polluants dans le milieu et de leurs effets. Pour un contaminant tel que le DEHP, les effets d’une réglementation européenne se font clairement sentir dans la baisse des émissions, et son suivi sur une longue période permet de nourrir les estimations futures modélisées par les chercheurs. À ce jour, les mesures sont en cohérences avec les estimations qui avaient été faites, confirmant la solidité des modèles.

Concernant les métaux et les HAP dans le bassin versant de l’Orge, la tendance est au stockage de ces éléments dans les sols du bassin, alors que l’antimoine semble à la baisse. Ces résultats doivent être approfondis en phase 8. Les nouveaux contaminants, microplastiques et nanoparticules, représentent quant à eux, un véritable défi au niveau même de la mesure, dont les protocoles ont dû être développés. Aujourd’hui de mieux en mieux documentés et étudiés dans différents compartiments, les microplastiques pourraient faire l’objet d’une approche de métabolisme territorial dans les prochaines années.

Enfin, une des présentations a livré ses premières conclusions sur l’opportunité d’utiliser des biomarqueurs pour estimer la qualité d’une masse d’eau : les dreissènes. Plongées en Seine en 3 sites en amont et en aval de l’agglomération parisienne, celles de l’aval semblent présenter des indicateurs d’immunostimulation. Pour aller plus loin dans l’utilisation de biomarqueurs, une approche multi-espèces et multi-marqueurs, couplée à une surveillance à l’échelle du bassin impliquant d’autres acteurs est envisagée.

 

La discussion qui suivit les présentations fut un moment d’échanges et de débats constructifs sur la notion de métabolisme territorial comme étape avant la construction de scénarios, sur sa pertinence au regard de l’étude fine des impacts, et sur les contaminants pouvant dès à présent  faire l’objet d’une telle approche. Ces trois aspects sont effectivement fondamentaux dans le cadre une thématique aussi large que celles des contaminants. Pour certains polluants tels que les HAP, les métaux et certains pesticides, l’étape suivante semble être pertinente. Un vrai débat s’est installé sur le degré de finesse de l’étude de l’impact des polluants sur les organismes : jusqu’où les chercheurs doivent-ils étudier les processus avant de passer à une éventelle approche de métabolisme territorial, qui intègre l’étude des vecteurs socioéconomiques menant à la pression chimique ? À ce stade, une implication plus poussée des équipes de SHS deviendra nécessaire pour comprendre les processus de production de ces polluants, et ainsi que leur place dans nos modes de vie et de consommation. Pour certains contaminants, tels que les perfluorés, l’heure est encore à la caractérisation des niveaux de contamination, et de leurs effets écotoxicologiques.

Enfin, la question de la cohérence entre régulation et connaissance des effets et des seuils a été abordée. Car si les scientifiques sont souvent associés, voire impliqués dans les rapports de l’ANSES, il peut arriver que les régulations proposées par d’autres corps de la société civile ou par des représentants d’intérêts soient en contradiction avec les données scientifiques. Un lien plus fort entre les scientifiques et les instances régulatrices doit-il être envisagé ? Si oui, à quel niveau et par quels moyens ? La  place du transfert des connaissances entre les producteurs de savoir et les décisionnaires apparaît de plus en plus importante dans les débats.

 

Télécharger les présentations PDF de la session :

Présentation 1 : Estimation rétrospective et prospective des émissions de DEHP sur la période 1960-2035 sur le bassin de la Seine - J-M Brignon (INERIS) 

Présentation 2 : Bilan, stocks et dynamique des transferts d’éléments traces et de HAP dans le bassin de l’Orge - S. Ayrault (Sorbonne Université, UMR METIS)

Présentation 3 : Utilisation des biomarqueurs pour la biosurveillance des masses d’eau - application à la Seine - M. Bonnard (Université de Reims Champagne-Ardennes, UMR SEBIO)

Présentation 4 : Microplastiques et nanoparticules : quelles approches ? - J. Gasperi (Pont ParisTech, LEESU)

 

Télécharger le verbatim des échanges

 

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