SESSION 1 - Trajectoires du bassin, de ses tissus urbains et de ses territoires

Le colloque a débuté avec une première session relative à la complexité du fonctionnement du bassin de la Seine et des différents systèmes et territoires qui le composent. Quatre présentations ont eu lieu afin de discuter des enjeux liés aux pressions sur la ressource en eau dans le cadre de l’évolution climatique, et des évolutions possibles des systèmes utilisant cette ressource, à savoir les villes et l’agriculture. Le fonctionnement hydrologique et l’histoire des évolutions urbaine et agricole du bassin ont été présentés, et différents scénarios prospectifs ont été dressés précisant le caractère souhaitable et crédible de chacun, ainsi que des pistes de réflexion pour y parvenir.


Les orateurs de la session 1
De gauche à droite : Xavier Poux, Sabine Barles, Gilles Billen, Josette Garnier et Jonathan Schuite

 

Durant ces présentations, il a été mis en évidence qu’il existe un lien fort entre la démographie et la structuration du bassin parisien. La forte population du bassin engendre une pression importante sur la ressource en eau. Dans le cadre de l’évolution climatique, de nombreuses inquiétudes subsistent quant à sa disponibilité au regard de la tendance actuelle d’une augmentation permanente de l’évapotranspiration depuis les années 1970. Il s’agit d’un des multiples aspects qu’il faut dorénavant prendre en compte dans les estimations de bilans hydriques du bassin. Pour cela les modèles du PIREN-Seine sont constamment améliorés et affinés.

Les outils de modélisation ont également permis de travailler sur différents scénarios prospectifs, étudiant différentes pistes de transitions envisageables pour l’agriculture et le système alimentaire du bassin. Dans ce cadre, un scénario libéral (ouverture à l’international, spécialisation animale et respect des normes environnementales actuelles) a ainsi été comparé à un scénario alternatif (autonomie, reconnexion, demitarianisme). On constate alors que si les deux scénarios permettent de nourrir les habitants du bassin, les importations et exportations augmentent sensiblement dans le premier cas alors qu’elles se réduisent drastiquement dans le second, marquant une différence nette dans la conception productiviste des systèmes agricoles et de leurs impacts sur le milieu et la société humaine qui l’habite.

Cette dichotomie « Libéral/alternatif » dans les scénarios a été travaillée au PIREN-Seine de consort avec les études menées sur l’aménagement et l’utilisation des territoires du bassin. Là encore, deux futurs sont envisagés, l’un qualifié de libéral et nommé « Paris, nouveau Londres », et l’autre alternatif, « les villes en leur bassin », qui passe par une reconnexion urbain-rural. Trois autres scénarios ont également été comparés au regard des systèmes agro-alimentaires : un scénario tendanciel, basé sur un modèle industriel et d’échanges, un scénario de rupture, basé sur un modèle alimentaire de proximité, et un scénario combinant les deux précédents. Aujourd’hui, alors que le premier est jugé crédible mais non souhaitable et que le second est souhaitable mais non crédible, le troisième semble être un bon compromis, encore faut-il définir à quelles conditions.

 

Il a été relevé plusieurs fois lors des échanges avec la salle que, si les politiques ont indéniablement un rôle à jouer dans l’impulsion des nombreux changements évoqués, leurs actions doivent être combinées avec celles des consommateurs et l’organisation des chaînes de valeur. En effet, en changeant progressivement ses habitudes, le consommateur pourrait représenter un levier intéressant. Son rôle est de plus renforcé car l’augmentation des usages des milieux (baignade, loisirs nautiques, pêche) pourrait induire une demande diffuse de qualité. Cependant, compte tenu de l’évolution climatique et dans la perspective d’une baisse des débits qui pourrait entrainer une concentration peut être accrue des polluants dans les eaux, les utilisateurs pourraient se détourner des cours d’eau. Concernant l’offre locale en produits issus de l’agriculture biologique, il semblerait que la demande de passage des exploitations en agriculture biologique augmente, que l’enseignement agricole s’améliore et que de plus en plus d’agriculteurs souhaitent se tourner vers ces pratiques, ce qui est très positif pour les milieux aquatiques. Néanmoins, de nombreux freins subsistent au passage au bio de nombreux agriculteurs, notamment le manque de prospective quant aux revenus perçus lors du passage au bio. Il a été exposé à plusieurs reprises le fait qu’il est nécessaire que l’agriculteur soit accompagné pour ces démarches, informé, et que soient mises en place des animations locales.

 

Télécharger les présentations PDF de la session :

Présentation 1 : Les grands enjeux quantitatifs au regard du fonctionnement hydrologique du bassin - J. Schuite (Mines ParisTech, Centre Géosciences)

Présentation 2 : Une histoire de la modernisation du bassin et ses conséquences sur la gestion de l’eau - S. Barles (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, UMR Géographie-Cités)

Présentation 3 : Trajectoires, métabolisme territorial et héritages du système agro-alimentaire - G. Billen (Sorbonne Université, UMR METIS)

Présentation 4 : Des scénarios à la croisée des territoires et des politiques - X. Poux (AsCA)

 

Télécharger le verbatim des échanges

 

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