La contamination des rivières vue par les carottes de sédiments

La contamination des rivières vue par les carottes de sédiments

Jean-Marie MOUCHEL1

1 UMR 7619 METIS, Sorbonne Universités, CNRS, UPMC, EPHE

 

L’étude des carottes de sédiments permet de tirer des informations importantes sur les diverses pollutions passées et sur leurs origines. De ces informations, nous pouvons alors retracer l’histoire de la contamination des rivières et des bassins versants, au regard des activités anthropiques qui s’y sont développées. Les objectifs sont multiples, de l’évaluation des risques à la compréhension des mécanismes de transferts et de transports de ces contaminants. Cette présentation s’inscrit dans le cadre d’un travail collectif entre Zones Ateliers, comprenant les bassins de la Seine, de la Loire, du Rhône, de la Moselle, de la Garonne et de la Gironde, et mené sur un grand nombre d’éléments métalliques et organiques.

Les recherches menées ont permis d’identifier des sources majeures de contamination des rivières, comme les pollutions industrielles et minières, notamment par l’analyse des quantités de plomb dans les sédiments de la Seine à Bouaffle, ceux de la Moselle à Beth, et dans ceux de la Gironde à Carjac, où la contamination en cadmium est également très importante.

Du côté des contaminants organiques, en HAP et en PCB, c’est en Seine que les contaminations les plus fortes sont enregistrées, à Bouaffles et à Rouen. Des recherches sont également menées sur les temps de demi-vie de diverses particules pour estimer des temps de récupération des milieux.

Enfin, l’étude des antibiotiques relevés en Seine indique une baisse continue de la contamination depuis les années 80, et posent la question essentielle du développement de résistances. Une étude menée sur des sédiments de la Seine indique par exemple une chute de la diversité du gène de résistance au cadmium czcA depuis les années 80.

Le travail se poursuit actuellement sur les diverses Zones Ateliers, pour compléter les données sur divers contaminants, retracer l’historique des pollutions et mieux comprendre les impacts en termes de microbiologie environnemental et d’écotoxicologie.

Les études menées sur les carottes sédimentaires permettent ainsi de retracer l’histoire des contaminations en métaux et en contaminants organiques sur les différents bassins considérés. Si les enjeux ne sont pas les mêmes pour chacun d’entre eux, ce travail collectif permet aujourd’hui d’avoir une vision d’ensemble du territoire national tout en conservant les spécificités de chaque région, en terme d’activité humaine. Le réseau des Zones Ateliers permets la mise en commun d’un grand nombre d’information et de prévoir des actions conjointes. Un projet inter-ZA, financé par l’AFB, est d’ailleurs actuellement en préparation pour synthétiser les données des différents bassins et réfléchir aux conditions d’acquisitions et aux méthodes d’interprétation.

 

Pour en savoir plus sur les Zones Ateliers : www.za-inee.org

 

Présentation

 

Discussion :

Question : Concernant le Cadmium, comment avez-vous fait la différence entre le fond géochimique et les apports liés à l’engrais ? Concernant la perte de diversité, comme ce sont des analyses ADN, il faut normalement avoir des bactéries vivantes, comment faites-vous alors pour les évaluer dans des sédiments ?

Réponse : Pour le fond de cadmium, ce n’est pas très difficile à prendre en compte, puisqu’on a une différence d’un facteur cent entre le fond géochimique et les apports. Maintenant, pour l’apport lié aux engrais, on n’a pas encore déterminé cet apport comme un enjeu majeur. Peut-être que ça le deviendra bientôt, ceci dit. Concernant l’étude de la diversité génétique, deux analyses ont été menées, une sur l’ADN, donc avec les bactéries vivantes, ou mortes depuis peu, et une sur les ARN.